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HOMELIE 4° Dimanche Ordinaire B. Mc 1, 21-28
29 Janvier 2012
« Voilà un enseignement nouveau proclamé avec autorité »
Jésus enseigne à la synagogue de Capharnaüm, et l’assemblée est frappée par son enseignement “car il enseigne avec autorité et non pas comme les scribes.”
Qui sont les scribes ? Ce sont les spécialistes et les interprètes officiels des Saintes Ecritures. Au terme de longues études, vers l’âge de 40 ans, on était ordonné scribe, ce qui conférait autorité dans les décisions juridiques. Souvenez-vous du roi Hérode, qui lors de la venue des mages, s’adresse à eux pour savoir où, d’après les Ecritures, devait naître le roi des juifs.
Mais qu’est-ce donc que l’autorité ? Le mot vient du verbe latin “augere” qui signifie “croître”, et aussi “faire croître, faire grandir”. L’autorité a donc pour fonction essentielle de permettre à celui qui l’exerce d’aider ou de faciliter quelqu’un à devenir lui-même, homme à part entière, responsable de son histoire, capable d’initiative et de solidarité. “Une autorité véritable autorise l’autre à être auteur de sa vie”.
Les scribes avaient une autorité qui tenait à leurs connaissances, mais, nous l’avons vu avec la venue des mages, s’ils savaient beaucoup de choses, cela ne les faisait pas bouger pour autant. Ils transmettaient quantité de règles de tout genre, mais faisaient-ils grandir ? Jésus plus tard, dans l’Evangile, les prendra à partie, car “ils disent et ne font pas” (Mt 23,3). Il leur reproche les excès dus à leur science et au souci des honneurs.
Jésus par contre exerçait une autorité de service, avec une compassion active, en particulier pour ceux qui étaient les plus fragilisés, et c’est le cas de ce pauvre homme, tourmenté par un esprit mauvais. Que fait-il ? Il fait comme Dieu son Père, au début du monde. Il sépare cet homme de l’esprit mauvais qui s’est installé en lui, là où il ne devait pas être. Dieu n’a-t-Il pas créé les êtres humains pour qu’ils soient libres et non pas aliénés par les forces du mal ? Jésus, à la surprise générale, se comporte à l’inverse de cet esprit du mal : il l’interpelle vivement, lui commande de quitter le pauvre homme et domine ses cris. On comprend que l’assistance ait eu très peur, tant cela était inhabituel, et comment elle se mit à s’interroger sur la personne de Jésus à l’écoute et au vu de ce qu’il venait d’accomplir : « Voilà un enseignement nouveau, proclamé avec autorité ! [N’en est-Il pas la source ?] Il commande même aux esprits mauvais, et ils lui obéissent ! [N’est-il pas le maître de la création et son sauveur ?].
Le règne de Dieu est donc arrivé. Il révèle un Dieu qui veut tirer les hommes de toutes les puissances de mal qui le rende prisonnier de lui-même.
Aujourd’hui, Jésus nous associe à ce salut et en particulier, dans toutes les formes d’autorité que nous pouvons exercer, dans la mesure où nous détenons une responsabilité et donc un pouvoir qui lui est lié.
Comment exerçons nous cette autorité ? Pour dominer ? Pour nous mettre en valeur ? Arriver à nos fins ? Ou en respectant l’autre ; en accueillant son désir lorsqu’il est bon; en lui faisant confiance. Savons-nous appeler ? Essayons-nous de rendre notre proche auteur de sa propre vie ?
Jésus nous montre une autorité qui aime : il ouvre aux autres et conduit à son Père.
Savons-nous saisir ou provoquer des temps de parole sur ce qui est important pour nous dans la vie ? Nous donnons-nous des occasions de partager en famille ce qui fonde nos attitudes face aux évènements ? Echangeons-nous sur les textes de la Parole de Dieu que nous avons écoutés à la messe ? Sur l’homélie, pourquoi pas ? Donnons-nous la parole à ceux qui n’osent pas la prendre ?
Bon Dimanche ! Bonne semaine ! Que la Parole et la présence du Seigneur vous fassent grandir, à son image !
AMEN !
HOMELIE
3° Dimanche Ordinaire B. Mc 1, 14-20 -22.01.2012
« Je ferai de vous des pêcheurs d’hommes »
A entendre cet Evangile, qui n’est pas surpris de la rapidité avec laquelle les premiers disciples répondent à l’appel de Jésus ? « Aussitôt, laissant là leur filet, (leur gagne-pain), ils le suivirent » « Aussitôt, laissant dans la barque leur père avec ses ouvriers, ils partirent dernière lui ». Pouvoir magnétique de Jésus ? Fascination d’un gourou ? Toute chose qui serait dénoncée aujourd’hui comme une atteinte à la liberté des personnes.
Il est vrai, les évangiles des dimanches précédents nous avaient présentés les premières rencontres de Jésus avec ces mêmes disciples sous le parrainage de Jean-Baptiste. Ils connaissaient donc Jésus et avaient déjà pris conscience de sa personne : « Nous avons trouvé le Messie » dit André à son frère Simon-Pierre avant de le présenter à Jésus. Et le sceptique Nathanaël de professer : « Rabbi, tu es le Fils de Dieu, tu es le roi d’Israël ! ». Que s’est-il donc passé ?
Après son Baptême dans le Jourdain, Jésus s’est retiré au désert. Ce n’est qu’après l’arrestation de Jean-Baptiste, qui ne peut plus exercer son ministère de prophète, que Jésus va commencer le sien. Il va donc retrouver ces hommes que Jean-Baptiste lui avait désignés et avec lesquels il avait passé quelque temps, pour les appeler à participer à l’annonce de la Bonne Nouvelle, car « les temps sont accomplis, le règne de Dieu est tout proche ». Et on ne peut pas y rester indifférent : il y a urgence, comme pour les habitants de Ninive en réponse à la prédication de Jonas : « Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle= Evangile ».
Les disciples que Jésus appelle ont été d’abord disciples de Jean-Baptiste ; ils doivent donc être très affectés par la mise en prison de leur premier maître. Jésus d’une certaine façon prend le relais et, le connaissant déjà un peu, ils n’hésitent donc pas à la suivre.
Mais il y a plus dans leur décision me semble-t-il.
Jésus les invite à devenir des pêcheurs d’hommes. Comment comprenez-vous ces images ? Un filet qui enserre et capture…Un pêcheur qui donne la mort à ses captures…même si c’est pour la bonne cause : nourrir ! De plus, d’une certaine façon, elles donnent l’impression que Jésus va leur faire faire « une bonne pêche », c'est-à-dire faire du nombre en adeptes de ceux qui les suivront. Ce sont des images un peu gênantes, voire traumatisantes lorsqu’on prend conscience de ce qu’elles représentent, ne trouvez-vous pas ?
Seulement pour un juif, plongé dans la mentalité et la symbolique biblique, il n’en va pas ainsi.
Jésus, écrit St Marc, « chemine auprès de la mer… » Mer : Thalassa et non Lac : limnén comme écrit St Luc, qui lui n’est pas juif. Et en effet, le lac de Génésareth, (de Galilée ou de Tibériade) est bien un lac de 21 kms N/S et 13 kms dans sa plus grande largeur, E/O.
Alors pourquoi Marc, mais aussi Matthieu et Jean, qui sont juifs, le désignent toujours par “Mer” ? Parce que la mer, dans la symbolique juive, est toujours considérée comme le lieu des puissances du mal et de la mort. Des eaux primordiales sur lesquelles tournoient l’Esprit de Dieu, d’où Dieu fera émerger la création, jusqu’à la mer qui a englouti Jonas fuyant l’ordre de Dieu d’aller proclamer la conversion aux ninivites, en passant par les eaux du Déluge et celles de la Mer Rouge engloutissant tous les violents de la terre, sans oublier la prière de nombreux psaumes parlant du monstre le Léviathan, et enfin Jésus qui s’adresse aux flots en furie comme il s’adresse au démon pour le chasser d’un pauvre possédé à Capharnaüm et qui marchera sur la mer annonçant qu’Il vaincra la mort par son amour, sur la Croix, il est bien question de tirer des hommes de ces lieux de morts, de les sauver des puissances du mal. Les premiers disciples le pressentent déjà et suivent sans hésiter Celui qui sera leur Sauveur.
Il ne s’agit pas de suivre Jésus pour faire nombre mais pour faire connaître ce merveilleux Sauveur. Tous les chrétiens doivent se convertir, croire à la Bonne Nouvelle et proposer cet Evangile à tous : c’est ainsi que se fera le plus tôt possible l’Unité des chrétiens, lorsque toutes les Eglises et communautés chrétiennes, avec leurs diversités, n’auront qu’un souci, celui de leur Seigneur, Sauver le monde. Devenons pêcheurs d’hommes. AMEN !
HOMELIE 2ème Dimanche ordinaire. Année B _ Jn 1,35-42
15.01.12 -
« Voici l’Agneau de Dieu ! ».
Comment Jean-Baptiste pouvait-il désigner ainsi, à deux de ses disciples, ce cousin qu’était Jésus, fils de sa tante Marie de Nazareth ? Et comment, tout célébrant, en vous invitant à venir communier, peut-il vous présenter l’hostie consacrée en reprenant les mêmes termes ? Certes, par le don de sa vie sur la Croix à la veille de la Pâque, Jésus était vainqueur de la mort et accomplissait le dessein de Dieu : nous sauver. Dès lors, il a été considéré par les premiers chrétiens comme l’agneau pascal, non pas celui que devaient sacrifier les hébreux avant d’être libérés de l’esclavage d’Egypte, mais celui qui libère de la mort et de l’esclavage du péché.
Or il se trouve que dans la langue parlée par Jésus et Jean-Baptiste, qui est l’araméen, proche de l’hébreu, le mot qui désigne l’agneau, “talya”, signifie également “jeune homme” et “serviteur”. Lorsque l’évangéliste rapporte, longtemps après, cette première rencontre de Jésus avec ses deux premiers disciples, Jésus a vécu sa Pâque et s’est bien montré le Serviteur qu’annonçait Isaïe sur lequel pesait le péché du peuple et qui par son sacrifice allait le racheter (Is 53,7 ;10-11) : « Maltraité, il s'humiliait, il n'ouvrait pas la bouche, comme l'agneau qui se laisse mener à l'abattoir, s'il offre sa vie en sacrifice expiatoire… il verra une postérité, il prolongera ses jours, et par lui la volonté de Yahvé s'accomplira. A la suite de l'épreuve endurée par son âme, il verra la lumière et sera comblé. Par sa connaissance, le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes en s'accablant lui-même de leurs fautes ». Dans une relecture pascale, en désignant Jésus comme l’agneau de Dieu, Jean-Baptiste, en prophète, prédit la destinée de Jésus.
Ceci semble confirmé par un petit détail qui à priori, semble sans intérêt. L’évangéliste se rappelle l’heure de cette rencontre si importante. « C’était vers quatre heure du soir ». En fait, il est écrit : « C’était environ la dixième heure ». Pourquoi cette précision ? Elle a une valeur hautement symbolique. Car d’après une tradition juive, la veille de la Pâque, il fallait avoir terminé le sacrifice de l’agneau pascal avant la dixième heure pour avoir le temps de le rôtir et pouvoir le consommer durant la nuit de Pâque. Après la résurrection du Christ, les Apôtres comprendront qui est le véritable et définitif agneau pascal et bien sûr ils se souviendront de cette première rencontre avec leur Seigneur, qui avait du être déterminante pour eux.
Ce qui est d’ailleurs remarquable dans cette première rencontre, c’est la manière dont Jésus aborde ses premiers futurs disciples (et pourquoi pas chacun de nous). Il leur pose la question : « Que cherchez-vous ? ». Il n’annonce rien, n’affirme rien : Il nous interroge sur notre recherche. Le désir est la condition pour avancer dans la foi. C’est d’ailleurs la question que l’on pose aux catéchumènes à leur entrée en catéchuménat. Cette question est une invitation à faire la lumière sur nous-mêmes, nos désirs, nos projets, ce qui compte réellement pour nous, ce qui a le plus de prix à nos yeux…
La réponse des disciples à la question de Jésus est assez déconcertante : « Maître, où demeures-tu ? » Mais si c’était la bonne, la seule et unique question que l’on pouvait faire à Dieu: savoir où Il demeure pour être avec Lui, tant Il nous a montré qu’Il voulait être avec nous !
La réponse de Jésus est non moins étonnante : « Venez et vous verrez ! » N’exprime-t-elle pas l’infini respect que nous porte Dieu et qui en appelle à notre pleine liberté ? Nos évêques l’ont bien compris lorsqu’ils ont adressé aux catholiques de France, en Novembre 1996, une lettre intitulée : « Proposer la foi dans la société actuelle ». Où en sommes-nous ?
En communiant, accueillons l’Agneau de Dieu qui “soulève” nos péchés pour les extirper de notre cœur et de notre pauvre monde.
AMEN !
HOMELIE
Messe des familles 2ème Dimanche ordinaire.
Année B - Jn 1,35-42 - 15.01.12 -
St Jean nous raconte la première rencontre des disciples avec Jésus. Quelle est la première parole que leur adresse Jésus ? « Que cherchez-vous ? ». Il ne se présente pas, ne leur annonce rien, il ne leur apprend rien : Il les interroge sur leur recherche. Eh bien tout à l’heure, au début de la messe, quelle a été ma question ? « Emma, Clément, Valentine, Paul-Allan… que veux-tu ? ». Cette question, elle pourrait être posée à chacun de nous : que voulons-nous ? Qu’est-ce qui compte réellement pour nous ? Qu’est-ce qui a le plus de prix à nos yeux : finalement, que cherchons-nous dans notre vie ?
La réponse des disciples à la question de Jésus est assez inattendue : « Maître, où demeures-tu ? » Où habites-tu ? Elle rejoint une autre question que des enfants parmi vous, et je suis sûr aussi, des grandes personnes, se posent: « Mais qui est Dieu ? » Et pour savoir qui est Dieu, il faut apprendre à le connaître, et pour le connaître, c’est bien de savoir où Il habite : savoir où Il demeure, non par simple curiosité mais bien pour être avec Lui, parce que ses amis nous l’ont dit et répété : Dieu veut être avec nous, parce qu’Il nous aime et Il nous a choisis pour être ses enfants bien-aimés.
Déjà Dieu l’avait manifesté au petit Samuel, en l’appelant par son nom : « Samuel, Samuel ! » Et lui croyait que c’était le prêtre Eli qui l’appelait, car il ne connaissait pas encore le Seigneur. Il ne connaissait pas encore Dieu, mais il faisait confiance au prêtre Eli qui lui en avait parlé et la quatrième fois, sur ses conseils, il va répondre à Dieu : « Parle Seigneur, ton serviteur écoute ! ». Et Dieu va lui parler et, plus tard, faire de lui un grand prophète : vous retrouverez son histoire dans « Ta Parole est un Trésor », p. 96 et suivantes.
Dieu veut demeurer avec nous. Mais comment cela va-t-il se faire aujourd’hui ? Eh bien principalement lorsque nous prions.
Mais qu’est-ce que prier ? Ce n’est pas d’abord dire des paroles, des formules toutes faites à Dieu, même si elles sont très belles comme la prière du Notre Père.
Prier, c’est d’abord se mettre en présence de Dieu. Bien sûr, vous ne Le voyez pas, vous ne L’entendez pas comme vous me voyez et m’entendez, mais il y a une autre manière de voir et d’entendre : çà se passe au fond de notre cœur. Je vois, je comprends que tu m’aimes, Seigneur Dieu, parce que Jésus, Ton Fils, nous l’a montré, et qu’Il nous a parlé de Toi, Son Père des cieux. Je ressens alors du bonheur dans mon cœur. J’entends parce que je connais les paroles et les gestes de Jésus, racontés par Ses disciples. Ses paroles me guident et me conseillent.
Alors, je goûte cette présence de Dieu. Je peux Lui dire à mon tour que je l’aime ; Lui demander de m’aider pour faire ce qu’Il me demande de faire ; je Lui parle des personnes que j’aime bien ou de quelqu’un qui a des difficultés, des épreuves ; je Le remercie pour ce qu’Il m’a donné ; je Lui demande pardon si j’ai fait du mal à quelqu’un ou si je ne l’ai pas écouté. C’est çà, prier.
Prier, çà s’apprend : il faut du temps. D’abord parce qu’il faut apprendre à connaître Jésus qui nous conduit à Dieu. Il faut aussi apprendre à Lui parler. C’est dans ma chambre, en famille, au catéchisme, en équipe de préparation au Baptême et à la messe que j’apprends tout cela.
Si nous, chrétiens, nous réunissons à la messe le Dimanche, c’est pour être ensemble en présence de Dieu : nous nous donnons rendez-vous pour écouter ce que Dieu nous dit, ce qu’Il a fait, et nous Lui répondons en proclamant notre foi, par le Credo (“Je crois en Dieu”) et en Lui présentant nos demandes sous la forme de prières universelles, (prières pour tous). C’est pour cela que le Dimanche est le Jour du Seigneur : Il est avec nous et nous sommes avec Lui : c’est vraiment un moment très important, et si vous voulez un jour communier, il faut que vous vous engagiez à Le rencontrer ce jour là. Ensemble, mettons-nous en route !
AMEN !
HOMELIE Dimanche EPIPHANIE. Année B – Mt 2,1-12
EPIPHANIE signifie en grec “Manifestation”. Qu’est-il donc manifesté ? Un “Mystère” et ce Mystère « c’est que les païens sont associés au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Evangile » (Ephésiens 3, 5-6).
Ce dessein de Dieu envers tous les hommes avait déjà été évoqué par le prophète Isaïe, plusieurs siècles auparavant, avec l’annonce d’un rassemblement de tous les peuples à Jérusalem, à l’initiative de Dieu, comme il nous l’a été proclamé dans la première lecture (Is 60 ,1-6).
L’Evangile nous présente des mages païens, venus d’Orient, qui ont perçu un appel à travers un astre en qui ils ont mis leur confiance pour les conduire au but recherché. Quelle n’a pas été leur surprise de découvrir Dieu en un petit enfant. Ils auraient pu être déçus, cependant en véritables sages et hommes de science, ils ont reconnu les limites de leurs connaissances, et se sont adressés aux chefs des prêtres et aux scribes d’Israël. Ils ont cru aux prophéties qu’ils leur ont fait connaître. Mais contrairement à eux, qui sont restés dans leur “savoir”, les mages “se sont bougés” et sont venus s’incliner humblement devant l’enfant-Dieu en lui offrant leurs présents. Puis, fidèles à un songe leur recommandant de ne pas retourner chez Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin.
Ne serions-nous pas aujourd’hui un peu comme ces mages ? Nous nous sommes déplacés ici même, et nous nous présentons au Seigneur tels que nous sommes, avec notre « paganisme », ce qui, en nous, est étranger à l’Evangile, qui résiste à l’Esprit Saint et que nous ne sommes peut-être pas trop pressés de convertir. Mais nous sommes là aussi avec notre foi, même petite, mais qui nous guide comme une étoile. Comme les mages, mais de façon symbolique, nous passons par les Ecritures que nous venons d’entendre afin de trouver Celui que nous cherchons sans trop le connaître. Serons-nous comme Hérode, qui a peur d’être renversé dans son pouvoir installé ? Serons-nous comme son entourage qui ne souhaite pas que ce Messie change leurs habitudes, leurs privilèges, leurs sécurités et qui ne veulent pas s’engager personnellement ?
Puis, nous trouvons Celui que nous cherchons : nous Lui nous apportons notre vie, nos demandes, nos offrandes qui ne sont plus l’or ou l’encens mais le pain et le vin qui deviendront le Corps et le sang de Celui qui a traversé la mort et se donne à nous.
Enfin, nous étant unis à Lui et à nos frères et sœurs ici présents, nous repartirons vers ceux qui ne sont pas là et à qui nous pourrons apporter le rayonnement de sa lumière : elle leur servira peut-être un jour d’étoile !
Cette fête de l’Epiphanie doit redonner le souffle et l’élan qui ont accompagnés notre Synode Diocésain.
Dans la lettre accompagnant la publication des Décrets Synodaux, notre évêque écrit, p.12 : « Mais si l’amour de Dieu brûle vraiment nos cœurs, nous ne pouvons nous faire une raison de ce que cet amour ne soit pas connu » Il continue plus loin en ajoutant que « cette annonce de la foi dans notre culture est complexe » et qu’elle demande des conditions : p. 13.
Dans les Décrets promulgués, au chapitre 1 en A3 p.27, il « appelle chaque fidèle à avoir confiance en Celui qui habite son cœur et son intelligence. S’il ouvre l’Evangile, et toute la Bible, s’il se laisse instruire dans l’Eglise jour après jour, le Seigneur augmentera en lui le goût de croire » et notre évêque poursuit en demandant aux paroisses et communautés chrétiennes d’entretenir des liens avec ceux qui découvrent ou renouent avec la foi : parcours APHA, catéchuménat, Noël pour tous, contacts à l’occasion de Baptême, Mariage, Obsèques, évangélisation de rue, visite d’église, mais aussi associations, clubs, sport, musique…
Comme les mages, bougerons-nous aujourd’hui à notre tour ? L’occasion de relire ensemble les décrets synodaux et d’en chercher ensemble les applications sur notre paroisse nous est offerte : bougeons-nous pour la plus grande gloire de Dieu !
AMEN !
HOMELIE 1er Janvier B. Sainte Marie, Mère de Dieu.
Le 1er Janvier 2012 - Nb 6, 22-27.
Les Bénédictions, que nous recevons de la première Lecture (Nb 6, 22-27) de ce Nouvel An 2012, me semblent tout à fait appropriées pour vous présenter mes Vœux.
Ces bénédictions étaient prononcées par les prêtres de la première alliance sur le peuple de Dieu. Par trois fois, ils devaient prononcer sur lui le Nom de Dieu que l’on a traduit par “Seigneur”, car, par respect pour les juifs, on ne transcrit pas dans la liturgie le tétragramme hwhy. La répétition souligne la solennité de la prière de bénédiction qui consiste à dire du bien et à souhaiter que ce bien se réalise grâce à l’action du Seigneur.
« Que le Seigneur te bénisse et te garde !... » Bénir vient du latin “bene dicere” signifiant “dire du bien de quelqu’un ou d’une chose”. Et quand c’est Dieu qui bénit, ce qu’Il dit étant efficace [“Il dit… et il en fut ainsi !” (Gn 1, 6.9.11.20…)], le bien qu’Il dit se réalise. Bien que ces bénédictions s’adressent à tous les fils d’Israël, avez-vous remarqué qu’Aaron, grand-prêtre, doit bénir chacun, car aux yeux de Dieu, chacun est unique.
« Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage ! Ce qui pourrait signifier que Dieu te confie d’être témoin de Sa lumière, car, de même que la lumière de la lune reflète celle du soleil, de même, tu n’es pas la lumière mais tu reçois de Dieu Sa Lumière et tu peux en être porteur auprès des autres !
Qu’Il se penche vers toi … Que le Seigneur tourne vers toi son visage… ». Dieu te regarde avec amour, avec douceur même, et veut vivre avec toi, faire alliance avec toi. Pensons-nous suffisamment à cette incroyable initiative de Dieu à l’égard de tous et de chacun, quel qu’il soit, car « Il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons comme et pleuvoir sur les justes et les injustes » (Mt 5,45) ?
“Il se penche vers toi” comme une maman sur son petit !
« Qu’Il t’apporte la paix ! » La Paix : Shalom ml$. Ce mot, qui est devenu quasi universel, contient toutes les harmoniques de notre “paix-tranquillité” avec une dimension de plénitude au plan de la santé, du bien-être, de la prospérité et avec Dieu en particulier dans la relation d’Alliance qu’Il a faite avec nous.
Cette bénédiction s’achève par une vive recommandation : « C’est ainsi que mon Nom sera prononcé sur les fils d’Israël et moi, je les bénirai. ».
A présent, c’est au Nom de Jésus/“Dieu sauve”, accompagné de Marie, sa mère, que nous sommes bénis. C’est Lui, qui scelle la Nouvelle Alliance avec chacun au baptême et la renouvelle dans l’Eucharistie. Il fait briller sur nous son visage, Il nous fait témoin de sa Lumière et Il se penche vers nous, apporte la Paix sur notre vie, à plus forte raison si elle est marquée par les épreuves et les souffrances, voire la détresse.
St Paul, en seconde lecture (Ga, 4-7), nous affirme que nous ne sommes plus à présent esclaves, mais fils et filles de Dieu ; nous pouvons même l’appeler « Abba ! », exactement : « Papa ! ». Notre vie a donc un sens, un but : grandir en véritable enfant de Dieu. Nous allons quelque part et nous sommes précédés par un amour qui nous dit que le Père veut partager notre bonheur.
Les vœux que nous formulons pour nos proches, nos amis ou nos relations peuvent être empreints de la force de notre foi. Nous pouvons leur dire, d’une manière appropriée à chacun que leur vie est précieuse sous le visage de Dieu qui se penche sur chacun d’eux !
Que la Vierge Marie, qui a accueilli les bénédictions de Dieu comme une humble servante, nous aide à placer cette année qui s’ouvre sous le signe de la foi et de l’accueil de la grâce divine. Alors chacun fera fructifier sa bénédiction et deviendra un peu plus son fils ou sa fille et pourra être porteur de la lumière de l’Evangile/Bonne Nouvelle à son entourage.
AMEN !
Homélie Famille Noël 2011
St Lubin 18h
Et voilà, le jour (ou plutôt la nuit) tant attendu est arrivé ! Jésus est né, il est l’Emmanuel ce qui veut dire : “Dieu avec nous”.
Et nous sommes là, ce soir, comme si nous avions tous suivis l’étoile qui s’est levée.
Mais que cherchons-nous ? Des cadeaux ? Un bon repas de fête ? Ce sera sans doute pour tout à l’heure.
Nous cherchons le Seigneur et à présent, dans cette église et devant cette reproduction du vitrail de Noël, nous découvrons un enfant.
Alors, oui Seigneur, éclaire- nous, fais nous comprendre.
L’âne et le bœuf sont là : Ils ont Les yeux fixés sur l’enfant, ils regardent Jésus, ils reconnaissent leur maître.
Seigneur, aide-nous à te reconnaître. Seigneur, aide-nous à dire que tu es notre Dieu.
Et puis il y a Joseph : Ses yeux sont fermés. Croyez-vous qu’il dorme ? Je ne crois pas, mais c’est tellement incroyable ce qui lui arrive : Dieu lui a demandé d’être le père adoptif sur terre de Son propre Fils éternel !
Seigneur, donne-nous la grâce d’entrer dans le Mystère de Noël. Ouvre nos yeux à ta vérité. Que nos oreilles entendent ta parole ; Que notre cœur s’illumine
Marie, couchée, elle a attendu l’enfant ; elle fait un geste : que veut-il dire ? Que nous montres-tu, Marie ? Elle nous montre Jésus, tout petit, qu’elle a emmailloté de langes et qu’elle a déposé sur l’autel, pour qu’il s’offre à nous, qu’il se donne à nous.
Seigneur, donne-nous la foi de Marie, la générosité de Marie. Donne-nous de croire que ce bébé, c’est l’Agneau de Dieu, le Sauveur du monde, qui se fera Pain de vie pour que nous puissions l’accueillir dans notre corps et notre cœur.
Le rideau s’est ouvert : Dieu a déchiré les cieux et a envoyé son Fils Unique à notre rencontre pour nous libérer de tout ce qui est creux, sans importance et nous laisse triste. Lui veut nous aider à aimer, faire du bien, donner du bonheur en étant modeste, attentif et ingénieux, généreux et joyeux .
Oui, donne-nous de vivre de ta vie, Seigneur !
Tous ensemble : Donne-nous de vivre de ta vie, Seigneur !
Nuit Noël 2011 – La Nativité Lc 2,1-14
Rambouillet
Quel contraste, frères et sœurs, entre la volonté de puissance de l’Empereur Auguste qui veut “recenser toute la terre” et la naissance d’un enfant, dans un petit village, loin des palais, dans le grand dénuement d’une étable. D’un côté, un empereur qui veut se faire dieu, de l’autre un Dieu qui veut se faire homme. D’un côté un puissant qui n’a que faire des personnes (si ce n’est d’en savoir le nombre pour qu’elles payent leurs impôts), de l’autre un bébé dans une mangeoire qui attire à lui les gens simples qui deviendront témoins et porteurs de cette merveilleuse et incroyable initiative de Dieu : vous avez au milieu de vous un “Sauveur” qui est le “Messie” c'est-à-dire le “rempli de Dieu” et qui est “Kurios”, “Seigneur”, titre divin.
Voici donc comment Dieu Lui-même se fait accessible à nous. « Personne n’a été empêché de l’aborder par la hauteur de son pouvoir. Il est apparu banal et pauvre, Lui qui s’est offert à tous pour leur salut. Car dans la crèche, c’est le Verbe de Dieu qui se présente au moyen du corps, afin que “l’ignorant” aussi bien que “l’intellectuel” puisse accéder à cet aliment qui nous sauve… » Théodore d’Ancyre, 1360-1361.
Alors, frères et sœurs bien-aimés, à quel monde voulons-nous appartenir ? Celui d’Auguste ou celui de Jésus ? Bien sûr, ma question est un peu simpliste, mais elle veut nous inviter à choisir entre ce qui est essentiel : aimer, faire du bien, donner du bonheur en restant humble, attentif et ingénieux, généreux et joyeux…et ce qui passe et laisse un vide dans nos cœurs et nos existences. Une fois homme, Jésus nous invitera à le suivre. Pourquoi ? Pour faire naître en nous l’enfant de Dieu que nous sommes, appelé à imiter comme un frère et à vivre à sa manière dans la joie d’aimer.
Ne tardons pas à choisir et si nous craignons de ne pas avoir assez de courage ou de force, sachons que c’est bien pour cela qu’Il se donne encore aujourd’hui en nourriture non plus dans une mangeoire mais par la Parole et par le Pain de cette Eucharistie. N’est-Il pas le Sauveur qui nous libère de tout ce qui est creux, sans importance, polluant ou destructeur et qui laisse profondément triste ? N’est-Il pas Celui qui nous fait communier à une multitude des frères et sœurs dans la foi et en particulier à ceux qui sont réunis avec nous ce soir : malgré nos nombreuses activités et préoccupations, ne sommes-nous pas venus pour Lui et goûter autour de Lui un peu de Paix et d’amitié ? Mais Il nous appelle aussi à les vivre avec ceux qui ne sont pas là avec nous.
Remercions-Le de la lumière et la force de son amour en cette nuit.
AMEN !
HOMELIE 4ème Dimanche de l’Avent Année B – Lc 1,26-38
17 et 18 Décembre 2011
“Qu’advienne en moi ta Parole…”
A l’approche de Noël, la liturgie de ce dernier Dimanche de l’Avent nous fait entendre le récit de l’Annonciation, que nous connaissons bien, puisqu’il est souvent choisi pour les fêtes mariales. Qu’il nous aide à entrer dans le Mystère de Dieu qui va venir.
Les acteurs ? L’ange Gabriel et Marie
L’ange Gabriel : Son nom l’indique : c’est l’ « homme fort de Dieu », l’annonciateur du temps de salut envoyé au prophète Daniel, dans ses visions (Dn 8, 16-17 et 9, 21-27). Celui qui a déjà été envoyé à Zaccharie, six mois auparavant : Lc 1, 19.
Marie : Son nom signifierait : « Dame ». Une jeune fille promise en mariage à Joseph, un descendant de David. Dieu n’a-t-Il pas de la suite dans les idées ? Il est fidèle à la promesse faite à David, mille ans auparavant, par le prophète Nathan (2 S 7,13-16)
Réjouis-toi ! Lorsque Dieu prend une initiative, lance un appel, la joie l’accompagne et c’est un critère d’authenticité de sa part, même si cet appel peut susciter quelque crainte, notamment en raison de la distance qu’il y a entre ce que nous connaissons de Lui et ce qu’Il est réellement.
Suit alors le message de l’ange, tissé de citations et références bibliques : Jésus (Yéoshua) = Josué = Dieu sauve ; Grand (qui est même passé dans la profession de foi musulmane : Allah est grand !) ; Fils du Très-Haut ; trône de David son père ; il règnera sur la maison de Jacob…. Ces expressions garantissent une fois de plus l’origine divine du message, conforme aux promesses. Dieu est « cohérent » parce qu’Il est la sainteté même qui s’exprime dans la pureté de ses Paroles (pour les comprendre, il est donc nécessaire de bien connaître sa façon de parler, et ainsi devenir « familier » des Saintes Ecritures).
« Comment cela se fera-t-il… ? » Non pas : « A quoi le saurai-je puisque je ne connais point d’homme ? » à la façon dont Zaccharie, dubitatif, voire incrédule, avait répondu à Gabriel. Autrement dit, « Que dois-je faire pour que cela se réalise ? ». Marie a déjà accepté le projet de Dieu et elle veut participer à sa réalisation. Cela est confirmé par la réponse de l’ange : « L’Esprit-Saint viendra sur toi et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ». Ces termes, là encore, désignent la pure intervention divine. Et Gabriel continue : mot à mot « C’est pourquoi, mot à mot, celui qui est entrain d’être engendré sera saint… » La conception de Jésus ne se fait pas attendre, tant la réponse de Marie est totale et immédiate.
Enfin, après l’annonce de la naissance d’un fils à la « femme stérile », qui est donné à Marie comme signe de l’amour tout-puissant de Dieu (et qu’elle n’a pas demandé !), Marie dit son « fiat » (en latin) mais qui dans l’original grec, pourrait se traduire ainsi : « Qu’advienne en moi ta parole ! »
Voilà donc un récit riche et dense où se manifeste le grand respect du Créateur envers sa créature qui l’accueille sans réserve. Les cieux réconciliés avec la terre ; Marie, nouvelle Eve renouant dans la plus grande confiance avec le Créateur. Ne porte-t-elle pas en elle le nouvel Adam ? Contemplons et louons le Seigneur pour ce merveilleux Mystère de l’Incarnation.
Avec Marie et comme elle, faisons confiance, même dans les situations qui nous apparaissent fermées, bloquées, sans issues, à la toute-puissance de l’amour de Dieu. N’ayons pas peur, car comme pour Marie, le « Seigneur est avec nous ». Laissons ses Paroles advenir en nous, afin qu’elles portent du fruit en nous et par nous,
AMEN !
HOMELIE 3ème Dimanche de l’Avent Année B
11.12.2011 – Jn 1,6-8 ; 19-28
A l’approche de Noël, l’Eglise nous met en présence d’un personnage tout à fait exceptionnel, qui, à lui seul, est une prophétie : Jean le Baptiste.
Tout d’abord, sa naissance est miraculeuse, dans ce foyer sans enfant, Zacharie et Elisabeth, avancés en âge, dont l’homme est prêtre du Temple du Seigneur. Puis son nom, Jean “YoHan” : le Seigneur fait grâce. C’est un homme du désert, vêtu comme un prophète, homme d’absolu, n’ayant peur de personne, fustigeant les autorités politiques et religieuses qui se moquent de Dieu, homme sans concession (cela lui vaudra sa tête), mais homme libre. Mais plus encore, il est l’envoyé de Dieu Jn 1,6. Il est le pro-phète, “celui qui parle devant”, appelant à la conversion (retournement vers Dieu), à la pénitence pour déblayer la voie : Aplanissez les collines de votre orgueil, de votre volonté de puissance, de vos égoïsmes, de vos cupidités et de vos violences…Comblez les ravins de vos vanités, des vides de vos vies sans avenir et sans partage, remplies de leurs lâchetés quotidiennes …
Une fois qu’il a dit ce qu’il était et ce qu’il n’était pas, il fait une curieuse annonce. Jn 1,26: « … Au milieu de vous se tient quelqu'un que vous ne connaissez pas… ». Ce qui veut dire : Le Messie annoncé que vous attendez, il est déjà parmi vous et vous ne le connaissez pas. D’ailleurs, Jean lui-même avouera que lui non plus ne le connaissait pas, bien qu’il fut cousin de Jésus. Il s’agit d’une autre connaissance que seul Dieu révèle par son Esprit : Jn 1,33-34 « Et moi, je ne le connaissais pas, mais celui qui m'a envoyé baptiser dans l'eau, celui-là m'avait dit: ‘Celui sur qui tu verras l'Esprit descendre et demeurer, c'est lui qui baptise dans l'Esprit Saint’. Et moi, j'ai vu et je témoigne que celui-ci est l'Elu de Dieu. » Voilà donc quel est cet envoyé de Dieu, totalement disponible à ses appels, car totalement humble : Jn 1, 27 « …celui qui vient derrière moi, dont je ne suis pas digne de dénouer la courroie de sandale. »
Ceci ne le met pas à l’abri de doutes. Lorsqu’il est en prison, sa voix ne retentit plus auprès des foules, mais seulement au fond d’un cachot ou à l’oreille d’Hérode, dérangé, mais attiré par cet homme si différent de lui. Jean-Baptiste envoie alors ses disciples poser à Jésus la question de confiance : Lc 7, 20-23 « Arrivés auprès de Jésus, ces hommes Lui dirent : Jean le Baptiste nous envoie te dire: Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre?" A cette heure-là, [Jésus] guérit beaucoup de gens affligés de maladies, d'infirmités, d'esprits mauvais, et rendit la vue à beaucoup d'aveugles. Puis il répondit aux envoyés: “Allez rapporter à Jean ce que vous avez vu et entendu: les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés et les sourds entendent, les morts ressuscitent, la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres; et heureux celui qui ne trébuchera pas à cause de moi!" (N’est-ce pas la prophétie même d’Isaïe que nous avons entendu lors de la 1ère Lecture de ce jour ! Jean-Baptiste a dû être rassuré, lui qui connaissait bien ses Ecritures !
Ne nous arrive-t-il pas aussi de chercher des signes de la présence du Christ dans notre monde si abîmé, où Dieu semble bien absent ? Si nous voulons discerner les signes de sa présence, demandons d’abord l’Esprit du Père: "ne l'éteignons pas" puisqu'Il nous aide à discerner la valeur de toute chose (Th 5,20). Puis, en suivant Isaïe (1ère lecture) regardons les pauvres, quelque soit leur “ pauvreté” : victimes de violence, éprouvés dans leur corps ou leur cœur, prisonniers, malheureux de toutes sortes… Là où ils reçoivent écoute, accueil, prise en compte de leur détresse, matérielle, psychologique ou spirituelle, là est Dieu ; là se trouvent les signes de la présence de Dieu.
Participons nous-mêmes à la manifestation de ces signes : par toute initiative de bonté, rendons présent Celui dont nous tenons cette bonté : apportons sa joie et il n’y aura pas lieu d’en attendre un autre ! Bonne préparation à Noël ! AMEN !
HOMELIE 2ème Dimanche AVENT. Année B Mc 1,1-8 - 4 .12.2011
"Evangile de Jésus, Christ, Fils de Dieu".
Aujourd’hui, nous commençons la lecture de l’évangile de Marc. L’Evangile débute, comme pour le premier livre de la Bible, la Genèse précisément par le terme « Commencement ». « Au Commencement, quand Dieu fit le ciel et la terre… ». Ce mot-là, en hébreu, a une saveur toute particulière : mot à mot, il signifie « en-tête » bêreschitt (ou il y a le mot rosch qui signifie « tête ». Rosh ha Chanah, le nouvel an juif). On pourrait presque imaginer, avec un anthropomorphisme un peu audacieux : « Dans la tête [sous-entendu de Dieu]… Eh bien, qu’est-ce que Dieu avait en-tête ? Réponse : un Beau Message, mot à mot, eu-aggeliou : eu = bon, beau et aggeliou, même racine que ange, messager : bref, un « Evangile ».
Et quelle est donc ce Beau Message ? C’est une histoire qui donnera la joie au cœur à ceux qui l’entendront. C’est celle d’une personne, Jésus, mort et ressuscité, vivant dans son Eglise. Il ne s’agit pas d’une œuvre de fiction ou d’un ensemble de réflexions pieuses ou philosophiques, mais d’un récit concernant un homme, Jésus de Nazareth, qui a réellement existé et qui continue à vivre à la droite de Dieu.
A la différence des deux autres évangélistes, Marc n’envisage pas de faire une biographie de Jésus. Il ne raconte ni sa naissance, ni sa jeunesse, ni la plus grande partie de sa vie. Il veut nous révéler qui est cet homme, Jésus, et dès le début de son Evangile, il Le qualifie de Christ et Fils de Dieu. Et tous les récits de cet Evangile vont nous dévoiler petit à petit des aspects de la personne de Jésus à travers ses paroles, ses attitudes, ses gestes, ses miracles, jusqu’à sa Passion et la fin de sa vie terrestre. Lorsqu’il est mort, à la finale de l’Evangile, c’est un païen, le centurion romain, préposé à la crucifixion, qui s’écriera : « Vraiment cet homme était Fils de Dieu ! » (Mc 15,39). Ecrivant après Pâques, l’auteur ne parle pas d’un mort, mais d’un vivant. La foi de Pâques éclaire tout le récit. Celui-ci n’est compréhensible qu’à cette même lumière. L’évangile est d’abord une Bonne Nouvelle qu’un croyant adresse à un autre croyant : voilà de quoi nourrir notre foi aujourd’hui.
Mais garderons-nous cette Bonne Nouvelle pour nous, entre nous ? Dieu n’a-t-Il pas besoin de nous, malgré nos faiblesses, pour être témoins de ce que l’Evangile a fait naître et vivre en nous. Joyeux, confiants, sûrs des paroles et des gestes du Fils de Dieu, nous pouvons dire combien Il nous libère et nous fait entrer déjà dans un Royaume où l’amour est partout présent. Encore faut-il que nous nous laissions transformer par lui : c’est cela, d’une certaine manière, « Préparer les chemins du Seigneur, aplanir sa route » ; avec l’aide de la grâce de l’Esprit Saint, rejeter, purifier, assainir, corriger toute conduite qui serait contraire à l’Evangile.
La mission d’annoncer et de vivre selon ce Message, n’est-ce pas ce qui est confiée à tant d’entre nous engagés dans l’éducation et l’éveil à la foi d’enfants, de jeunes et même d’adultes, catéchumènes ou simples membres de notre entourage.
Lisons et relisons ces récits de Marc. Goûtons-les. Devenons des « familiers » des paroles de Jésus ; repérons ses gestes et attitudes. Méditons, contemplons, partageons-les à plusieurs, prions-les lorsqu’ils nous paraissent ardus, exigeants : sachons que c’est toujours pour notre bien.
Alors, nous aurons le désir de les faire connaître et d’être contagieux de ce formidable souffle d’amour qui a sa source en Dieu. Ne nous a-t-Il pas comblé de son Esprit à notre Baptême et notre Confirmation ? Ne les laissons pas dormir !
AMEN !
HOMELIE 1er Dimanche AVENT. Année B – Mc 13, 33-37
Jésus parle à ses disciples de sa venue, alors qu’Il est là, avec eux. C’est qu’Il est à deux jours de Pâques : Il va être arrêté, condamné et mis à mort. Il prévient ses disciples pour qu’ils ne tombent pas dans le désarroi et le désespoir. Que leur dit-Il ? “Prenez garde: veillez !” Mot à mot : “Ayez l’œil ! Ne dormez pas” [agr-upvneite vient de “a” négatif, et upnos = sommeil -> hypnose)], et donc “ne soyez pas hypnotisés” !
Par quoi ?
D’abord par la peur : pour les Apôtres, celle de son absence et celle de subir le même sort que leur maître.
Pour nous devant les délais de sa venue, peur de nous être trompés en mettant notre confiance en Lui. Et puis, nous avons tant de raisons d’être absorbés par tous les soucis de la vie, les préoccupations qui ne manquent pas de nous envahir; ou bien par tout ce qui attire, fascine et fait oublier les choses importantes et surtout les personnes : on passe à côté ! On ne les voit plus !
Jésus par quatre fois nous dit : « Sortez de votre “hypnose” ! Avez-vous remarqué, l’homme parti en voyage ne laisse pas ses serviteurs dans l’oisiveté : « Il leur a donné tout pouvoir, fixé à chacun sa tâche et recommandé au portier de sa maison de veiller ». Aujourd’hui, Il nous confie l’Evangile, les « richesses de sa Parole et celles de la connaissance de Dieu » écrivait St Paul aux chrétiens de Corinthe (1 Cor3, 5). A nous de les faire connaître et de les mettre en pratique ; unis à son Eglise, chacun à notre place dans le monde, en fonction de nos possibilités. Pas question de s’endormir !
Le vrai danger ne vient pas, pour nous, des persécutions comme actuellement les chrétiens d’Inde, d’Irak, d’Egypte ou de certains pays d’Afrique, mais le danger vient de l’assoupissement, de la tiédeur, des anesthésies intérieures et extérieures, des bonnes raisons du repli sur soi pour ne plus voir, ne plus entendre, ne plus sentir, ne plus être attentifs, attentionnés… Car le Seigneur est déjà là, comme son Royaume. Il nous le faisait déjà savoir Dimanche dernier en nous rappelant que “tout ce que nous faisions au plus petit des ses frères, c’est à Lui que nous le faisions”. (Mt 25, 40).
Veiller, ce n’est pas être passif comme lorsqu’on s’ennuie et qu’on “tue le temps”. Mais chaque rencontre vraie, chaque appel, chaque geste, chaque signe d’amitié, chaque parole bienveillante est manifestation de la présence du Seigneur et nous rendent bien vivants. De façon plus large, n’y a-t-il pas nombre de postes de veille à développer dans notre société où nous avons particulièrement à veiller ? Dans toutes les questions qui concernent la vie en ses débuts, en son cours : famille, éducation, travail, logement, partage des richesses au plan national et international, travail pour la paix… et en fin de vie. Veiller à la sauvegarde de la création. Que de chantiers !
Veiller, « parce qu’Il vient à la rencontre de celui qui pratique la justice avec joie et qui se souvient de Lui en suivant Son chemin » proclamait Isaïe à un peuple découragé. (Is 64,4).
Frères et sœurs, qu’Il ne trouve pas notre foi en Lui « endormie ». De plus, veiller remplit la tête et le cœur de Sa Présence, voilée, certes, mais réelle, comme le Pain Eucharistié est le signe visible qu’Il se donne à nous.
Seigneur, en ce temps de l’Avent, tiens-nous en éveil ; augmente en nous la foi et fais-nous comprendre ce qui compte pour Toi, ce que Tu désires voir chez nous ; que nous aimions ce que Tu aimes et regardions avec Ton regard.
AMEN !
HOMELIE de la Fête du CHRIST, ROI de l’Univers – Mt 25, 31-46.
“Parabole du jugement dernier”
C’est ainsi que l’on a coutume de l’appeler, car en effet, il est question de la fin des temps quand viendra le Christ, Roi de l’Univers. Comme toutes les paraboles (“para” et “ballô”, jeter à côté un récit, mettre en parallèle…), elle comporte une “diabole”, “jeter en travers”. Elle a donc quelque chose qui rebute, peut faire trébucher, douter, en tous cas dérange : ici, la diabole est le sort de ceux qui n’ont pas vu et qui sont condamnés : n’ont-ils pas, comme nous-mêmes, mille excuses ?… Puisqu’elle est “Evangile”, en quoi cette parabole est-elle une “Bonne Nouvelle” ?
Tout d’abord, elle ne concerne pas seulement les croyants, juifs du temps du Christ ou chrétiens d’aujourd’hui : elle s’adresse « à toutes les nations ». Elle met en scène le « Fils de l’Homme » qui vient dans sa Gloire et tous les anges avec Lui : c’est un grand moment de l’Histoire du monde, la fin de ce temps et le début d’une ère nouvelle. Ce Fils de l’Homme est Berger. Le texte d’Ezéchiel, (Ez 34) écrit quelques siècles auparavant, ainsi que le Psaume 22 (23), nous décrivent ce « beau Berger ». Il veille sur tous avec beaucoup de douceur et prend particulièrement soin des brebis mal en point. Il les mène toutes vers de beaux pâturages, leur faisant traverser les ravins de la mort. Et ce Berger, c’est Dieu Lui-même ( Ez 34, 11-18)
Que fait alors ce berger ? Il sépare : nous n’aimons pas tellement cette mesure ; voilà encore une « diabole ». Elle est là pour nous faire prendre conscience de ce que nous faisons et nous éviter une énorme illusion : dissocier l’amour de Dieu de l’amour du prochain, qui est bien concret. Il ne faudrait pas que nous découvrions, un peu trop tard, que notre attachement au Christ était factice. Que nous ne le servions qu’en pensée, en parole, mais non en acte. N’ayant pas vu nos frères dans le besoin, nous sommes passés à côté de Celui que nous cherchions en l’ignorant.
Au contraire, la Bonne Nouvelle, c’est que cette parabole nous presse d’être à l’image de ce berger, attentifs à nos frères. Avons-nous bien compris à quel point le Seigneur veut nous associer à son amour, de telle façon que ce que nous faisons pour nos frères, c’est à Lui que nous le faisons ? Ce Roi de l’Univers est loin d’asservir les sujets que nous sommes : Il nous rend acteurs. Il semble même avoir besoin de nous puisque nous sommes ses mains, sa voix, ses oreilles auprès de ceux qui souffrent. Il nous est tellement uni chaque fois que nous aimons !
Que le Seigneur, qui nous a montré sur les routes et les villages de son pays comment faire, nous aide par sa parole et par le don de Lui-même à combattre toute sorte de mal et nous forme à sa manière d’aimer, particulièrement en ces temps plus difficiles pour beaucoup. Il nous unit à Lui, quelques soient nos faiblesses. Que nous puissions l’entendre dire à notre égard : « Viens avec tous les bénis de mon Père ! Viens avec tous ceux qui ont cru et mis en pratique cette compassion divine pour notre propre humanité ».
AMEN !
1ère Réunion
INTRO : le mot Bible vient du grec Biblia : les livres, de la ville de Biblos au Liban actuel où l’alphabet phénicien/hébreux a vu le jour.
Bible => bibliothèque.
L’Ancien Testament :
Le terme « ancien testament » apparaît dans 2Co 3 ,14
Traduction littérale du latin « VETERUM TESTAMENTUM »
Ancien testament = Ancienne Alliance.
Testament : C’est une disposition, un arrangement, une ordonnance, un pacte entre 2 parties.
Ancien : vénérable (ou obsolète)
Il est préférable, par respect pour les juifs, de parler de la « Première Alliance », le Nouveau Testament étant nommé par les chrétiens « Nouvelle Alliance »
La bible juive TNK (Tanak en est l’acronyme) comporte 24 livres.
La Torah (la Loi) : 5 livres : Genèse, Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome
Les Nevi’im (les Prophètes) : 8 livres
- Les prophètes antérieurs : Josué, Juges, Samuel 1 et 2, Rois 1 et 2
- Les prophètes postérieurs : Isaïe, Jérémie, Ezéchiel
- Les douze petits prophètes : 1 seul livre réunissant : Osée, Joël, Amos, Abdias, Jonas, Michée, Nahum, Habacuc, Sophonie, Aggée, Zacharie et Malachie
Les Ketouvim (les Ecrits) : 11 livres : Psaumes, Job, Proverbes, Ruth, Cantique des cantiques, Ecclésiastes, Lamentations, Esther, Daniel, Esdras et Néhémie, Chroniques.
Tous ces livres sont écrits en hébreu. Pas de grec, quelques passages en araméen.
46 livres, première alliance + textes dits Deutérocanoniques, pour les catholiques et les orthodoxes : Tobie, Judith, Maccabés 1 et 2, Sg, Si-Baruch
24 livres pour les protestants (Luther)
27 livres du Nouveau Testament ou Nouvelle Alliance
Les orthodoxes en reconnaissent encore d’autres, parus récemment dans la nouvelle TOB (traduction œcuménique de la Bible) : 3° et 4°livres d’Esdras ; livre de Jérémie ; 3° et 4° Livres des Maccabées ; Prière de Manassé ; Ps 151
Canon biblique
Canon (Kanôn en grec) : règle, norme
Apocryphe : caché, secret
L’église catholique reçoit comme canoniques les livres de la 1ère Alliance et les livres de la 2ème Alliance lorsqu’ils sont cohérents avec l’enseignement des Apôtres et ont été validés par les communautés anciennes comme Jérusalem, Rome, Antioche ou Alexandrie.
Le Concile de Trente a solennellement défini le canon des Ecritures en 1546 en s’appuyant sur l’enseignement des Conciles locaux :
D’Hippone en 393
De Carthage 387 à 419
Lettre d’Innocent 1er à St Exupère en 405
Concile de Florence en 1442
(Voir pièce jointe PowerPoint à partir du « Panorama d’Histoire Biblique » Jacques Montjuvin, Ed. de l’Ecole.)
DE QUOI EST FAITE LA BIBLE ?
De rouleaux tout courts ou très longs.
En hébreux ou en grec, parfois en araméen
De genres très différents : récits, codes de lois, exhortations, prières, poèmes, lettres, nouvelles, généalogies…
D’où PROVIENT LA BIBLE ?
De témoins individuels ou de groupes, solidaires d’un peuple qui expriment leurs rencontres avec Dieu qui s’est manifesté à eux et leur a adressé des appels. Ils relatent les réactions des hommes face à la présence de Dieu dans leur vie (interrogations, plaintes, louanges, actions de grâce, demandes…)
Les auteurs de la Bible sont le plus souvent anonymes et leurs écrits ont été révisés plusieurs fois avant leur fixation définitive en des rédactions successives, (parfois sur plusieurs siècles comme le livre d’Isaïe), parfois réactualisés (comme les Chroniques pour les livres de Samuel et des Rois)
Marqué par sa culture, le récit a sa manière propre de comprendre l’existence. Cette manière peut évoluer. Exemple : le passage de la cause première : Dieu, aux causes secondes : éléments physiques, géologiques… un exemple : les plaies d’Egypte où tantôt c’est Dieu qui endurcit le cœur de Pharaon, tantôt, c’est Pharaon lui-même.
Beaucoup de textes sont marqués par la culture des peuples alentour d’Israël dans l’Ancien Orient. Traditions reprises de l’Egypte (monothéisme d’Akhenaton), Mésopotamien (Cosmogonie, déluge…) textes de la Sagesse et Loi (Code d’Hammourabi 1730 av J-C: loi du Talion, figurant sur une stèle retrouvée à Suse).
Mais réaménagées, transformées par la foi d’Israël ex : Genèse, le grand luminaire désigne le soleil, Râ, qui était une divinité égyptienne ; le petit luminaire désigne la lune.
Exégèse : comprendre les textes bibliques en s’efforçant
- de sentir le sens des mots, d’étudier le vocabulaire (araméen, hébreu, grec) un mot pouvant avoir plusieurs significations (par exemple “Talya” mot araméen pouvant désigner l’agneau, le serviteur ou le jeune homme),
- de situer le texte dans son milieu d’origine, son époque, sa culture.
- de retracer l’histoire de sa formation,
- d’en comprendre les symboles (figuier, vigne, olivier, amandier, serpent…)
Et de mettre à jour les enjeux dont-ils sont porteurs.
L’Hébreu ne comprend que 11000 mots ; le français plus de 80 000.
La Bible est offerte comme Parole de Dieu pour une foi vécue. Les auteurs témoignent de leur foi et la propose aux lecteurs et auditeurs, pour entrer en relation avec Dieu, faire alliance avec lui, vivre avec les autres hommes à sa façon selon les recommandations et attitudes.
Les Chrétiens refusent l’appellation “religion du livre” et lui préfère la religion de la “Parole de Dieu aux hommes” : “Verbum Dei”.
HOMELIE 33ème Dimanche Ordinaire A –Mt 25, 14-30
La Parabole des Talents (Mt 25, 14-30).
Voilà une parabole qui convient parfaitement à l’inauguration de ce 1er Festival des artistes chrétiens en Yvelines, qui, à cette occasion, peuvent chacun exprimer leurs talents. Mais à lire cette parabole au premier degré, ce maître que Jésus présente comme image de Dieu est franchement rebutant ! Immensément riche, dur, autoritaire, sans cœur… bref pas du tout ce que nous essayons d’imaginer du Dieu de Jésus. Alors, pourquoi cette Parabole ? Lisons bien la parabole : qui nous fait le portrait détestable de ce maître ? Les deux premiers serviteurs ? Non pas ! Comment eux-mêmes, le laissent-ils entrevoir ? D’abord, ils reçoivent leurs talents comme des dons. Le maître en effet remet au premier cinq talents, au second deux. “Remet”=Donne : (en grec, didomi) le mot désigne le don que l’on fait, dans un héritage par exemple (comme pour l’enfant prodigue : Lc 15, 12). Il donne donc sans intention de reprise. Il lui transmet ainsi les pleins pouvoirs sur ses biens qui ne sont plus les siens. Il fait plus : Il est juste, délicat même ! Il respecte chacun en leur donnant à “chacun selon ses capacités”, c’est à dire, selon la force qui est propre à chacun d’accueillir des responsabilités. Puis Il part, longtemps… Là encore, après avoir donné, Il fait confiance, dans une très grande liberté laissée aux serviteurs du fait de son absence.
Aussitôt, celui qui a reçu cinq talents “va œuvrer avec” dit le texte : il les travaille, les transforme, les fait valoir et les deux premiers serviteurs gagnent chacun la somme équivalente à celle que le maître leur avait confiée : cinq pour l’un, deux pour l’autre. La production est bien sûr inégale, mais le comportement est identique. Inégaux dans “l’avoir”, ils sont semblables dans ce qu’ils sont : des créateurs, des “fructifieurs” ! Que pensez-vous de ce maître ? Ne serait-Il pas “Le Créateur”, l’éveilleur en humanité. Ne l’a-t-il pas faite à son image, comme sa ressemblance, donc créatrice ?
Lorsqu’Il vient… (Il n’est pas écrit “lorsqu’Il revient” !) . S’Il re-venait, ce serait pour régler ses comptes. S’Il vient, ne serait-ce pas parce qu’Il est intéressé de se rendre compte de ce que ses serviteurs ont fait des talents donnés (Lui qui est immensément riche, avait-t-Il besoin de la plus value de ses serviteurs ?). L’Evangile invite davantage à assister à un compte-rendu de l’usage que les serviteurs ont fait de leurs dons, plutôt qu’à un règlement de comptes ! D’ailleurs, lisons bien pour nous permettre de mieux comprendre. L’Evangile écrit : “Celui qui a reçu 5 talents s’approche en apportant cinq autres, disant : ‘Maître, tu m’as remis cinq talents : Vois !
Cinq autres j’ai gagnés !’ - Très bien serviteur bon et fidèle…” Avez-vous fait attention ? Le serviteur ne présente pas dix talents, mais les cinq qu’il a gagnés, son œuvre à lui, preuve qu’il a bien compris que son maître lui avait donné les cinq premiers talents. Quant au maître, Il peut voir, se rendre compte qu’il a bien placé sa confiance dans ces deux serviteurs. Il peut alors consacrer ces serviteurs, non plus dans ce qu’ils ont ‘en plus’ mais dans ce qu’ils sont devenus, semblables à leur maître, capables de créer, de faire fructifier. Ce maître retrouve des serviteurs à qui Il peut confier beaucoup, qui peuvent entrer dans la joie de leur maître. Et tout cela est bon, comme au temps de la Création où Il avait demandé à l’homme de la faire fructifier.
Tout autre est l’attitude du serviteur qui n’a reçu qu’un talent, lui aussi ‘selon ses capacités’. Il est d’usage de s’apitoyer sur lui, mais regardons bien son comportement. Il n’a pas compris que le Maître lui donnait, comme aux autres, son talent (somme colossale correspondant à 17 ans de salaire !). Se défiant de son maître, (même attitude à l’origine du premier péché, dit “péché originel», souvent inconscient, inavoué mais caché au fond du cœur de l’homme), il va se fabriquer une idée détestable de ce maître : exigeant, dur et sans appel, un maître qui va revenir demander des comptes. Cette idée va polluer sa pensée, son cœur, son imagination, si bien qu’il sera paralysé et qu’il n’aura même pas l’initiative de déposer son talent à la banque pour le faire fructifier ! Il l’a enfoui, enterré : comportement de mort, comme le regard qu’il porte sur son maître.
La raison de cette parabole ?
Pas seulement de nous faire savoir que Dieu attend que nous fassions fructifier nos talents. Mais aussi et surtout nous interroger sur l’image de Dieu que nous avons dans la tête ? Dans le cœur ? Le voyons-nous comme un personnage, sans état d’âme, qui nous demanderait de faire fructifier ses biens et viendrait régler ses comptes avec nous jusqu’au dernier centime ? Un dieu d’une exigence telle qu’il ne pourrait qu’engendrer l’inquiétude et la peur de ne pas être à la hauteur ?
Ou alors comme quelqu’un qui nous donne de ses biens, à chacun selon nos capacités, sans intention de reprendre, mais en nous faisant confiance, en nous voulant “créateur” comme Lui ?
…Et qui n’attend qu’une chose : nous donner davantage et nous faisant entrer dans sa joie.
Enfin, comment comprendre la phrase finale, un peu énigmatique ?
“A tout homme qui a, (parce qu’il a fait fructifier le don qui lui est fait, parce qu’il fait confiance à Celui qui lui donne) l’on donnera et il sera dans la surabondance ; mais à celui qui n’a pas (parce qu’il ne croit pas au don et ne fait pas confiance à Celui qui lui donne), même ce qu’il a (le don qui lui a été fait) lui sera retiré”.
Mais pire, il restera enfermé dans sa défiance et sa pensée mortifère : c’est peut-être cela les “ténèbres et les grincements de dents”.
AMEN !
HOMELIE 32ème Dimanche Ordinaire A – Mt 25, 1-13 - 6 Novembre 2011
“Vierges avisées, vierges insensées”
Pour parler à ses disciples de sa venue, Jésus présente cette parabole des dix jeunes filles invitées aux noces. Le cadre est celui d’une noce orientale qui se déroule la nuit, où la mariée, escortée de ses amies, va à la rencontre de son époux. Les jeunes filles sont munies de lampes à huile pour éclairer le chemin et exprimer la joie de ces noces accompagnées de musique. J’ai moi-même été témoin d’un tel cortège au mariage du fils d’un ami en Galilée il y a quelques années. C’est très beau, très gai et lorsque les deux époux se rejoignent, ils dansent tous les deux, entourés du cortège des jeunes filles tenant leurs lampes allumées.
Or cet époux-là tarde à venir et les jeunes filles s’assoupissent toutes. Quand enfin il arrive, elles apprêtent leurs lampes. Mais l’attente a du être longue, car les lampes sont vides. Cinq d’entre elles avaient prévu le coup ; les cinq autres sont prises au dépourvu.
S’en suivent deux comportements assez choquants :
à Celles qui ont pris des réserves d’huile ne partagent pas !
à Lorsque les autres reviennent, après avoir été chez le marchand, l’époux lui-même les refoule, prétendant même ne pas les connaître !
Que veut nous faire comprendre Jésus ?
Dans cette parabole, qui est l’époux ? C’est Lui, bien sûr, puis- qu’Il parle aux disciples de sa venue qu’il faut attendre.
Qui sont les jeunes filles ? Elles représentent les membres de la Communauté Chrétienne, l'épouse, l'Eglise qui vont au-devant de l'époux, le Christ, qui doit venir. Pourquoi le retard ? C’est la longue attente, parfois décourageante, qui éprouve les premiers chrétiens et encore nous autres aujourd’hui. Comment se fait-il qu’au bout de bientôt deux mille ans, le monde, semble-t-il, n’ait pas beaucoup changé et qu’il avance avec son cortège de misères et de malheurs, et même, de rejet du Christ ? Il y a vraiment de quoi être pessimiste par moments…
Que signifie l’huile ? Plusieurs significations peuvent être données.
Le plus souvent, elle exprime la joie de chacun, invité aux noces de l’Epoux, en compagnie de l’épouse qui attend patiemment sa venue sans désespérer. Les prévoyantes, les “avisées” (fronimoi) ont prévu des réserves d’huile : la longue attente ne les a pas déçues et leur joie peut éclater ? Les “insensées” (mwrai) n’ont pas préparé l’éventualité de cette attente éprouvante : elles se sont découragées et n’ont plus d’huile. L’huile représente donc les dispositions personnelles de chaque croyant. A ce titre, elles ne peuvent être prêtées à d’autres : on ne peut croire, espérer, aimer par procuration, à la place d’un autre et les prévoyantes ne peuvent donner de leur huile.
Pour d’autres, l’huile représente l’amour qui alimente la flamme de la lampe. L’amour fait aller dès maintenant à la rencontre des autres, particulièrement, ceux qui ont besoin de nous. Les paraboles qui suivent dans l’Evangile de Matthieu, et que nous entendront les prochains dimanches, révèleront que “ces autres” sont ni plus ni moins que Jésus Lui-même, l’Epoux
Pour participer aux noces, Jésus nous invite donc à produire cette belle huile, fruit de petits ou grands gestes d’amour. Passer maintenant à côté ou refuser de les donner, c’est risquer de manquer d’huile au moment de sa venue et de se retrouver tellement différent de Lui qu’Il ne pourra même pas nous reconnaître !
Comme toute parabole, elle n’est pas un jugement de notre propre comportement mais une très forte invitation à nous mettre dès maintenant à accueillir de cette façon la venue du Seigneur dans notre vie de tous les jours.
Que Son Esprit-Saint, dont nous avons reçu l’Onction à notre Baptême et notre Confirmation, nous donne sa propre huile pour la joindre à la nôtre.
AMEN !
LES BEATITUDES Mt 5, 1-12
à partir de la traduction littérale
Connaissez-vous dans la Bible quelqu’un, suivi d’une foule, qui gravit une montagne et reçoit les “Dix Paroles” ? Vous l’avez tous deviné : Moïse, au Sinaï, sur le Mont Horeb. Eh bien l’évangéliste Matthieu, au début du ministère de Jésus, va nous le présenter comme le nouveau Moïse. Mais cette fois-ci, les Dix Paroles [que l’on appelle habituellement les “Dix Commandements”, à cause de leur tournure impérative] prennent la forme de dix propositions de chemin de bonheur. Voyons lesquelles.
Heureux les pauvres de cœur ! Littéralement : “Heureux les humiliés du souffle”. Les pauvres, ce sont les “dos courbés”, ceux qui ont été humiliés et qui n’ont rien… Cœur : “pneuma”; Esprit Heureux ceux qui ont le souffle court, et donc qui ne se gonflent pas d’orgueil, qui ne sont pas remplis d’eux-mêmes : ils ont de la place pour Dieu et leurs frères ! Ou bien encore: heureux ceux que l'Esprit rend humbles. Cette béatitude commande toutes les autres : elle est au présent, alors que la plupart des autres sont au futur : “Le Royaume des cieux est à eux”. Le Royaume des cieux, c’est l’espace divin : ils sont donc dans cet espace-là et Dieu leur est présent de façon invisible encore, mais bien réelle.
Heureux les doux ! “praèi” Non pas les mous, mais ceux qui ne cherchent pas à s’affirmer eux-mêmes et ne recherchent pas, encore moins, leur seul intérêt propre, mais font attention à Dieu et aux autres ; savent renoncer à leur droit, leur priorité ; cherchent à "arrondir les angles", tant l’existence quotidienne peut être faite de contrariétés diverses. Ils ne sont pas stressés : ils obtiendront la Terre Promise, lieu du repos éternel.
Heureux ceux qui pleurent ! Littéralement : “…Ceux qui sont en deuil”. Car ils vivent un manque profond, et ce manque les rendent aptes à chercher et accueillir ce qui les comblera définitivement : “Ils seront consolés” Littéralement : Ils auront la Consolation “Paraclèthèsountaï” Vous reconnaissez le mot Paraclet qui désigne en Israël à la fois le Messie (“Le vieillard Siméon [qui venait tous les jours prier au Temple] attendait la Consolation d’Israël” Luc 2, 25) et chez les chrétiens, l’Esprit-Saint Lui-même, le Paraclet (Jn 14, 16.26). Il ne s’agit pas d’une promesse du genre :“Pleure pas, ça va passer ; après la pluie, le beau temps” mais d’une véritable promesse théologale, divine, où Dieu s’engage bien au-delà de ce que nous aurions pu attendre et qui va combler notre manque en profondeur.
Heureux ceux qui ont faim et soif de justice ! Il ne s’agit pas tant de la justice au sens habituel du mot, (qui est régie par des lois pas toujours justes ou mal adaptées) mais d’être “ajusté à Dieu” ; ceux qui cherchent à comprendre et faire sa volonté, comme Jésus nous a invités à le demander dans le Notre Père.
Heureux les miséricordieux ! “Eléèmonès” qui a donné en français : aumône ; aumônier des hôpitaux, des galères…bref les miséricordieux sont ceux qui, comme Dieu, compatissent à la détresse humaine ; En latin, c’est beau aussi : misericors : “être de cœur avec la misère des autres”
Heureux les cœurs purs ! Littéralement : “Purs [catharoï] de cœur” qui ne sont pas doubles ; qui n’ont qu’un seul comportement avec Dieu comme avec les autres. Nets. “Que votre parole soit oui, oui ! non, non ! Tout le reste vient du mauvais” dira Jésus, dans le discours sur la montagne qui va suivre en Mt 5, 37.
Heureux les artisans de paix ! Ils seront appelés Fils de Dieu. Lorsque Jésus envoie les disciples deux par deux, ils leur demandent de présenter à ceux à qui ils vont s’adresser la Paix : Shalom ! Salam ! dit-on encore aujourd’hui en Terre Sainte, là où elle fait actuellement cruellement défaut ; mais il s’agit encore d’une autre paix, celle que Jésus présente aux Apôtres au soir de la Résurrection : “La Paix soit avec vous ! Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie” Nous sommes mis au rang du Fils pour achever sa mission jusqu’à la fin des temps : en cela, nous sommes vraiment Fils de Dieu. La encore, c’est théologal.
La dernière béatitude “Heureux serez-vous si l’on vous insulte…” et la finale : “Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse…” [ ce qui, tout compte fait, donne bien Dix Paroles de Jésus] sont là pour parer à toute réaction naturelle face au scandale de ces Béatitudes : en effet, ne prennent-elles pas à contre pieds et à rebrousse poils les propositions de bonheur que le monde proclame sans cesse par toutes sortes de médias ? Eh bien Jésus, au début de sa prédication, veut nous éviter les fausses pistes du vrai bonheur.
Prendre conscience de nos manques ; savoir que nous ne pouvons être heureux tout seul ; que le Seigneur vient nous sauver, nous libérer de nos enfermements, péché d’origine, s’il en est un ! Alors, que ces béatitudes soient nos “Dix Paroles”, celles qui nous entraînent vers la vie et Celui qui est la Vie. Heureux, “Makarios” signifie aussi en grec, Bravo, ! Félicitations ! Vous avez tout compris ! Et en hébreu : “Ashréi” En marche ! Tous ensemble, à la suite de tous les Saints, qui Lui ont fait confiance et ont reçu en héritage la Terre Promise,
HOMELIE 30ème Dimanche Ordinaire, A. Mt 22,34-40
23 Octobre 2011
“Quel est le grand commandement ?”
« Tu aimeras… »
Encore une fois, les pharisiens et les spécialistes de la Loi veulent déstabiliser Jésus en le mettant à l’épreuve comme l’avaient fait les sadduccéens dans l’Evangile de dimanche dernier.
“Maître, dans la Loi, quel est le grand commandement ? “ Autrement dit, la Loi de Moïse opposerait-elle l’amour de Dieu à l’amour de l’homme, en instaurant une rivalité entre l’un et l’autre ? Or il se trouve précisément que, dans la grande tradition d’interprétation rabbinique, il n’est évidemment pas question de négliger ou à l’inverse de préférer tel ou tel commandement de la Loi. Il est même important de lire l’ensemble des prescriptions de Moïse en tenant compte du fait que chacune d’entre elles est de grande valeur et doit faire l’objet d’une attention toute particulière.
Le piège tendu est donc celui de la tentation de prendre le risque de privilégier un commandement par rapport à un autre ce qui ne prenne pas en considération l’ensemble de la Loi.
Jésus répond d’abord en citant des versets de la Loi connus de ses interlocuteurs. Et dans le choix des citations, il opère un rapprochement articulé autour du verbe “aimer”: “Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton coeur, de toute ton âme, et de toute ton intelligence” (Dt 6,5) et puis: “Tu aimeras ton prochain comme toi-même” (Lv 19,18). Pour Jésus, l’option est de s’en tenir à cette règle d’interprétation qui va à l’essentiel d ela Loi: là où ne se vit pas l’exigence d’aimer Dieu et d’aimer son prochain en même temps, là n’est pas réalisé le commandement de la Loi.
Mais qu’est- qu’aimer ?
Dans son Encyclique « Dieu est Amour”, §.3, Benoît XVI présente trois mots qu’utilise la Bible pour parler de l’amour.
“Eros”, que seul utilise deux fois l’Ancien Testament. Il désigne le désir qui attire et donne le plaisir, avant-goût du bonheur définitif auprès de Dieu. Il convient de le discipliner, de le purifier pour le conduire à sa vraie grandeur qui est union harmonieuse entre le corps et l’esprit, mais aussi communion avec l’autre, et non seile satisfaction de ses instincts.
“Philia”, qui concerne l’amour d’amitié et qui est utilisé et approfondi dans l’Evangile de Jean pour exprimer le rapport de Jésus avec ses disciples.
“Agapè”, qui est découverte de l’autre, dépassant le caractère égoïste et possessif, cherchant son profit et non le soin et le bien de l’être aimé. Il donne, au prix de renoncements, mais aussi sait recevoir de l’autre. Il remplit de joie simple et conduit au bonheur paisible.
Aimer Dieu et aimer son prochain ne sont jamais en rivalité puisque tous deux ont leur source en Dieu Lui-même. Il est Amour (1 Jn 4,7). C’est Lui, comme le rappelait la 1ère Lecture, qui aime l’étranger, la veuve et l’orphelin et qui me demande de les aimer et de l’aimer, Lui, comme Lui-même les aime. Ou encore, de l’aimer comme moi-même, c'est-à-dire, de m’identifier au prochain, de l’aimer comme si c’était moi. Toute la Parole de Dieu contenue dans l’Ecriture dépend de ces deux commandements. Ils sont, chez ceux qui aiment en vérité, la signature de la présence de Dieu.
Quelques temps plus tard, au cours de sa Passion, Jésus va mettre en pratique ce double commandement de l’amour. Avec l’Esprit-Saint qu’Il nous a donné, jamais sans Lui, suivons-le sans crainte.
AMEN !
HOMELIE 29ème Dimanche Ordinaire A– Mt 22,15-21. 16 Octobre 2011
“Rendez à César ce qui est à César…
Et à Dieu, ce qui est à Dieu” Mt 22,21
L’intention des pharisiens et des partisans d’Hérode est malveillante : ils veulent prendre Jésus en défaut. Après une introduction élogieuse mais tellement hypocrite, reconnaissant la droiture et la justice de leur interlocuteur, ils lui demandent son avis sur le paiement ou non de l’impôt à l’empereur. Leur question est très habile, car Jésus est acculé à dire oui ou non.
S’Il dit oui, Il sera considéré comme un collaborateur de l’occupant romain et perdra tout son prestige et son autorité auprès du peuple opprimé par ces mêmes romains.
S’Il dit non, Il sera considéré comme un opposant et dénoncé pour être emprisonné : ses adversaires en seront débarrassé !
Comment Jésus va-t-il s’en sortir ?
En bon pédagogue (et parce qu’il aime ses ennemis comme Dieu les aime), Jésus dénonce d’abord leur hypocrisie. Puis Il se livre à une petite démonstration toute simple : “Montrez-moi la monnaie de l’impôt” leur demande-t-il. Ils lui présentèrent une pièce d’argent. Il leur dit : “ Cette effigie et cette inscription, de qui sont-elles? ” On a traduit par “effigie” le mot du texte original “icône” (eikwn). L’icône de la pièce d’argent du denier est celle de César, alors : “Rendez à César ce qui est à César… Et à Dieu, ce qui est à Dieu”
Mais quelle est donc l’icône de Dieu ?
Bien sûr, on pense tout de suite au Christ. Paul écrit : “Il est l’image (l’icône) du Dieu invisible, le premier-né de toute créature” Col 1, 15.
Mais où trouve-t-on encore cette référence à l’image de Dieu ?
Elle se trouve tout au début de la Bible : “Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa…” Gn 1, 28. Or dans la Bible grecque des LXX (Septante), le mot image est le même que celui de l’évangile : « icône ».
De plus, en hébreu, le mot a une signification toute particulière : l’image, la “Tsélem”, désigne la reproduction en plus petit d’une idole de divinité païenne. Ainsi à Babylone, chaque année, lors des grandioses processions en l’honneur de toutes les divinités, les serviteurs et fidèles de chaque divinité se rangeaient derrière un modèle réduit de la statue de la divinité (dont la statue originale ne pouvait être déplacée hors de son temple en raison de sa masse souvent colossale). Ils pouvaient également suivre la bannière, l’étendard, la “Tsélem” de leur dieu. L’auteur sacré de la Genèse, qui écrit à cette époque, reprend à son compte cette référence à ces manifestations religieuses. Dire que l’homme est “l’étendard de Dieu” c’est lui révéler qu’il est appelé à signifier, dans le cortège de la création, la présence de Dieu.
Pour beaucoup, l’homme a trahi ce merveilleux désir de Dieu et défiguré son image. Ce qui faisait dire à Voltaire de façon ironique : “Dieu a créé l’homme à son image et celui-ci lui a bien rendu !” Dans son désir de sauver ses adversaires, Jésus les invite à retrouver de façon très inattendue, ce à quoi Dieu son Père les a appelés. Il faut donc que l’homme soit “rendu à Dieu” autrement dit qu’il redevienne ce qui est sa vocation première : révéler Dieu à la création entière, manifester sa présence dans un monde qui l’ignore, montrer partout que l’amour qu’Il nous donne est plus fort que la mort et son cortège de malheurs et de souffrances.
En Jésus, parfaite icône du Père, c’est chose faite.
Il nous reste à chacun de devenir, jour après jour, “icône de Dieu”.
En cette journée mondiale consacrée à la mission dans le monde, n’est-ce pas cela qui nous est demandé ? N’est-ce pas cela que font les missionnaires, prêtres, religieuses et religieux, mais aussi de nombreux laïcs, comme il nous est demandé dès les premiers appels de notre évêque dans les décrets qu’il vient de nous confier ?
Je terminerai par le propos de Paul aux Corinthiens :
“…et nous tous qui le visage dévoilé reflétons la gloire du Seigneur, nous sommes transfigurés en cette même icône, avec une gloire toujours plus grande, par le Seigneur qui est Esprit” 2 Cor 3, 18
AMEN !